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1.1.2012 par admin.

Il savait que ce n’était pas la peine de dire quoi que ce soit, alors il se taisait. Le soleil de juillet brillait à travers le feuillage et faisait du lac un grand miroir. Presque comme dans un roman, ou dans un film, pensait-il, mais en mieux. L’air donnait la bonne proportion à tout.
«Étrange qu’il faille être silencieux pour ne pas être mal compris, enfermé ou crucifié.» Ainsi pensait-il, assis à côté du lac sous les arbres. Il avait avait soixante et un ans, c’était tout ce qu’il savait. «Je suis peut-être fou ?
— Bien sûr que tu es fou, ricana une voix. Ce n’est pas nouveau. N’essaie pas de te rendre spécial, ne sois pas si prétentieux. N’est pas fou qui veut, tu le sais. Tu n’es pas fou, ou alors tu ne peux pas le devenir plus que tu ne l’es déjà.»
Un Démon avait surgi, là, au milieu de cette belle forêt, presque comme au cinéma. mais c’était pire. Il disait :
«Tu es mauvais !… Tu as blessé beaucoup de gens, tu les a déçus, et Lui surtout, ton Meilleur Ami, sur qui tu as déversé toute ton artillerie de mots assassins.
— Oui, c’est vrai, mais lui non plus n’était pas commode, et pour les autres que j’ai blessés. je regrette amèrement mes erreurs, chacune de mes erreurs, bien sûr, et leur nombre est incalculable, mais je ne savais pas que c’étaient des erreurs.— Oui, oui, disait le Démon. tu as beau essayer de te défiler, j’aurai toujours prise sur toi.
— Non !… cria l’homme. Et son cri résonna dans la forêt comme dans une église vide…
— Non, tu n’as aucune prise sur moi, tu n’es pas moi, tu es un démon l Je ne peux quand même pas regretter mes erreurs encore et encore, et cela toute ma vie. Comprendre ses erreurs, c’est trouver leur pardon. Vade retro Satanas… »
Ne sachant plus où s’agripper avec ses griffes pointues. le Démon disparut.
Et l’homme se retrouva tranquille, un vide rempli de paix. Presque comme dans un roman ou dans un film, en mieux : c’était étrange, surnaturel.
Mais sans doute faut-il croire que la Nature a vraiment horreur du vide. car, insidieusement. un autre Démon était déjà arrivé. Déguisé en Voltaire, il coassa :
«Mais qu’est-ce que tu cultives MAL ton jardin, toi !»
Il devint vert foncé comme une grenouille. comme au cinéma, mais c’était plus affreux.
«Tu te prends pour qui ? cria-t-il. J’exige que tu te passes immédiatement le programme d’auto-sous-estimation. je le veux. je le veux !». Furieux, il sautillait comme un enfant qui n’a pas eu ses bonbons.
« Okay, fit l’homme. Je ne vaux pas un clou… Et alors ? Tu connais quelqu’un de parfait,toi ? Tu es parfait. toi ?…
— Oui, cria le Démon. je suis parfait. Parfaitement diabolique, ha ha ha ! D’ailleurs, voici Monsieur Parfait qui arrive, il peut confirmer ce que je pense de toi.
— Bien sûr, bien sûr, fit Monsieur Parfait, et sa voix était stridente, comme d’habitude.
— Il ne vaut rien cet homme. il a tous les défauts, toutes les faiblesses,. toutes les lacunes qu’un humain peut avoir. C’est un être vraiment TRÈS mauvais, pas du tout parfait comme MOI. La voix du Démon était tranchante comme un bistouri dans la tête de l’homme. Mais l’homme se défendit de toutes ses forces puis cria de nouveau : Vade retro Satanas !… »
Et tout redevint silencieux. « Suis-je fou ? C’est tellement bizarre de se poser des questions qui n’ont pas de réponses, c’est comme au cinéma, mais c’est pire. Est-ce moi qui crée chaque détail de ma vie?
« Oui et non. Les deux sont vrais…
« Comme c’est étrange. Je sais que je suis responsable de moi-méme, de ma vie, de ce que je fais, de ce que je dis, de ce que je pense, etc. Responsable, je le suis. Mais dans beaucoup de circonstances, qui dirige ? Qu’est-ce qui décide du moment où j’arrive à mes limites pour décider, choisir, changer et influencer les choses?»
Maintenant le soleil commençait de se coucher et brillait droit dans les yeux de l’homme, et le lac reflétait la lumière de soleil comme un miroir. La lumière passait par des fines vagues autour des arbres, à travers les feuillages, droit dans ses yeux. Presque comme dans un film, mais c’était plus lumineux et beaucoup plus vivant. Il était assis là, aveuglé par cette lumière, et il devenait lumière.
Depuis plus personne ne l’a vu.

Photo©Ulrika Palme
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1.5.2010 par admin.

Sorti ce mercredi 28 avril, ce numéro 86 sera le dernier. La belle aventure de Siné et de ses complices aura quand même duré plus d’un an et demi. Pas assez, bien sûr, mais suffisant pour créer une accoutumance (et même un sacré manque)… Tous les mercredis, c’était une bouffée d’oxygène, revigorante, hilarante, qui redonnait des envies d’en découdre avec tous ceux qui feignent de croire que le monde abominable qu’ils nous préparent est une fatalité. Et là, n’y a plus, bouh, c’est dur. Mais est-ce vraiment la fin ?… Dans son dernier édito, Siné donne rendez-vous à ses lecteurs mercredi prochain sur le site du journal, www.sinehebdo.eu. A mon avis, il n’a pas fini de semer sa zone… Allons voir !…
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31.1.2010 par admin.
Nous ne résoudrons pas les problèmes avec les modes de pensées qui les ont engendrés. Une petite phrase toute simple, signée Albert Einstein. Dommage que ce constat ne soit pas évident pour tout le monde, surtout en ces temps de crise. Mais cela n’aurait sans doute pas étonné ce bon Albert, auquel on doit également ce propos : Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue…
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28.1.2010 par admin.
Facile
Pour 4 personnes
Préparation : 20 mn
Cuisson : 35 mn la veille + 15 mn le jour même
Ingrédients :
4 poivrons rouges
2 gousses d’ail
4 grosses pommes de terre
1 grosse boîte de thon au naturel (entre 250 g et 300 g égoutté)
2 échalotes
1 cuil. à soupe de pesto alla genovese (ou de pistou bien de chez nous)
2 cuil. à soupe de crème fraîche légère (15% MG)
tabasco (facultatif)
2 crottins de Chavignol
jus de 1 citron huile d’olive vierge
olives noires (facultatif)
sel, poivre
Commencez la préparation la veille : préchauffez le four à thermostat 6 / 7. Lavez et essuyez les poivrons. Rangez-les dans un plat à four garni de papier de cuisson. Enfournez pour 35 min. Parallèlement faites cuire les pommes de terre à la vapeur. Sortez les poivrons grillés du four, laissez-les refroidir avant de les placer au réfrigérateur. Réservez les pommes de terre.
Le jour même, débarrassez les poivrons de leur peau (elle vient toute seule). Otez la queue et les graines. Dressez les poivrons ainsi nettoyés sur un plat de service. Salez, poivrez, ajoutez l’ail pressé, un filet d’huile d’olive et quelques gouttes de jus de citron. Réservez au frais.
Hachez menu les échalotes. Pelez les pommes de terre. Ecrasez-les à la fourchette dans un plat pouvant aller au four. Ajoutez la chair de thon soigneusement égouttée, le hachis d’échalote, le pesto, quelques gouttes de tabasco, le reste du jus de citron, un filet d’huile d’olive et la crème fraîche. Salez, poivrez. Toujours à la fourchette, mélangez intimement tous ces ingrédients jusqu’à ce que vous obteniez une consistance homogène. Rectifiez, au besoin, l’assaisonnement.
Allumez le four à thermostat 6/7. Répartissez le fromage de chèvre en fines rondelles sur le parmentier de thon et mettez au four. Laissez gratiner une quinzaine de minutes.
Servez très chaud au milieu des poivrons bien frais, éventuellement décorés de quelques olives noires.
Conseil
Vous pouvez accompagner ce plat d’une petite salade (roquette, mesclun ou frisée) très légèrement assaisonnée.
Le vin idéal ?…
Un bandol rosé.
Recette © Monika Swuine
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27.1.2010 par admin.
La journée de Marcelle P. avait débuté d’une façon très banale. Lever à sept heures, café, gymnastique, toilette, le tout avec les nouvelles en fond sonore. A neuf heures tapantes, elle avait éteint la radio.
Une ou deux minutes plus tard, l’air mouillé de la place Gambetta lui fouettait le visage. Ciel plombé, crachin sinistre, le quartier faisait la tronche. Le mec du kiosque à journaux n’avait pas l’air non plus très en train. Elle acheta Libé. Sans plaisir. Par habitude. Chaque jour, elle se disait que c’était la dernière fois qu’elle prenait ce putain de canard. Son journal sous le bras, elle entra dans la grande brasserie à côté du métro et commanda un jus au comptoir.
A petites gorgées, pour ne pas se brûler, elle avala vivement le breuvage puis jeta un coup d’œil à la pendule du troquet. Dix heures moins vingt ! Quarante minutes pour acheter un journal et boire un café ?
Ce n’était pas possible. Marcelle consulta sa montre. Idem que sur l’horloge.
Elle interpella le garçon.
— Excusez-moi, vous n’auriez pas l’heure exacte? »
Du menton, l’homme lui désigna la pendule murale.
On n’en sortirait pas…
— Y a pas d’heure pour les braves, éructa son voisin de comptoir. Le type, un pépé rigolard, éclusait un Ricard. A vue de nez, ce n’était pas le premier.
Marcelle s’écarta d’un pas. C’est alors qu’il se passa un autre truc bizarre… Avant même que le vieux ne se mette à explorer ses poches d’une main tremblante, elle sut, et cela avec une certitude absolue, qu’il allait en extraire des Gauloises bleues, que le paquet, presque vide, serait déchiré d’une certaine manière. Elle sut aussi comment il allait le tapoter de ses doigts jaunis sur le comptoir, en faire jaillir une cigarette, enlever le filtre et se la carrer dans le bec. Jusqu’à la flamme du Zippo tout cabossé. Tout cela, comme un film déjà vu, recopié dans ses moindres détails par le flux de la réalité.
Ce n’était pas la première fois que Marcelle éprouvait ce type de sensation. Un jour, elle avait même lu quelque chose là-dessus, une explication basée sur un décalage entre la perception sensorielle et son interprétation par le cerveau. Sur le moment, cela lui avait paru assez clair, mais à présent, quelque chose là-dedans lui échappait. Sa mémoire lui posait un lapin. Elle se mit à flipper. En fait, c’était surtout cette histoire de décalage horaire qui la perturbait. A neuf heures pile, elle avait éteint la radio. Elle en était sûre. Absolument certaine. Ensuite…
Non, vraiment, qu’elle ait mis tout ce temps, il y avait là quelque chose d’impossible.
Elle se dépêcha de payer son café et s’enfuit du bistrot. Dans les couloirs du métro, le flot matinal des travailleurs commençait à se tarir. Seuls quelques retardataires fonçaient encore, l’air absent, ignorant tout sur leur passage. A croire que le présent n’existait pas pour eux. La jeune femme dut s’aplatir contre un mur pour ne pas se faire percuter. Où étaient-ils donc tous ces zombies ? Dans le passé ? Dans le futur ?…
« Ici et maintenant, autant dire nulle part, s’entendit penser Marcelle. Comme moi … »
Elle frissonna. Les réflexions sur la nature du temps lui avaient toujours donné le vertige. Comme l’Infini ou l’idée du Néant…
Le métro arrivait, une rame aux trois-quarts vide. Elle s’y engouffra, de plus en plus mal à l’aise. De l’hypothèse du trou de mémoire à d’autres, beaucoup plus farfelues, elle se heurtait toujours au même mystère : la disparition totale, inexplicable, de vingt à trente minutes de son passé immédiat. Son angoisse grandissait, obsédante comme un délire de fièvre.
Marcelle était tellement plongée dans ses pensées qu’elle effectua son trajet quotidien sans même ouvrir son journal. Il s’en fallut de peu qu’elle ne loupe sa station.
L’obélisque de la Concorde se détachait sur un ciel d’étain dans une lumière étrange d’un jaune d’orage. La pluie avait cessé et la température avait singulièrement augmenté. L’air fit du bien à Marcelle, marcher un peu lui remit les idées en place.
En franchissant la porte cochère de la société de presse qui l’employait, elle jeta un coup d’œil à sa montre. Son trajet lui avait pris vingt-cinq minutes, c’était normal… Avec un peu de chance, personne, au journal, ne s’apercevrait de son léger retard. Bizarre ce machin, se dit-elle, mais bon… Il n’y avait pas mort d’homme.
L’atmosphère de la rédaction, studieuse, un rien fébrile, sentait à plein nez l’approche du bouclage hebdomadaire. La jeune femme en profita pour s’installer discrètement derrière son ordinateur. Entre les piges à retaper, le courrier à dépouiller, les coups de fil incessants, elle fut bientôt débordée.
— Je peux t’emprunter ton Libé ?
Sans attendre, Francis, un des maquettistes, s’était emparé du journal qu’elle avait posé sur sa table. Après un rapide coup d’œil sur la une, il le rejeta d’un geste impatient.
— T‘en aurais pas un plus vieux, par hasard ?
A cet instant le téléphone sonna et la voyant prendre la communication, Francis s’éclipsa. Qu’avait-il voulu dire? Au bout du fil, un mec s’était mis à parler, mais Marcelle, ahurie, n’écoutait pas ce qu‘il disait. Ce journal, elle l’avait acheté le matin même. Elle le saisit pour vérifier la date. Jeudi 12 octobre. Il n’y avait aucun doute, c’était le bon. Francis avait encore dû abuser de substances illicites.
Le type, au téléphone, s’était tu. Marcelle respira un grand coup.
— Excusez-moi, fit-elle, j’étais sur une autre ligne. Pourriez-vous répéter?»
C’était un pigiste qui réclamait son fric. Pas content.
— Comment vous croyez que je bouffe, moi? Le 15 du mois dernier, vous m’avez assuré que mon chèque était parti, nous sommes le 14 et je n’ai toujours rien reçu ! »
Marcelle blêmit.
— Le 14, vous êtes sûr?
— Vous vous payez ma tête ou quoi ? Vendredi 14 octobre ! De toute façon, c’est pas le problème…»
Comme le mec, de plus en plus furax, continuait à hurler, Marcelle s’employa à le calmer. Mais après ce tour de force, une angoisse sans nom envahit la jeune femme. Elle s’aperçut qu’elle tremblait. Son regard tomba sur son calendrier de bureau. Vendredi 14 octobre… Quant à l’année, bon dieu, non, ce n’était pas possible !… Sa vue se brouilla et elle s’évanouit.
Quand elle reprit conscience, il faisait nuit. Il lui fallut un moment pour se rendre compte qu’elle était dans son lit, que son radio-réveil venait de s’allumer, qu’il était temps de se lever. Petit café, gymnastique, toilette.., la journée commença d’une façon très banale. A neuf heures précises, juste avant les infos, Marcelle éteignit la radio et partit travailler. Comme elle avait un peu de temps à tuer, elle acheta un journal puis alla prendre un café. Au bar, il y avait un vieux pépé rigolard, déjà passablement éméché…
Paris, vendredi 13 octobre 20…
Texte et images : copyright Monika Swuine
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